Cinq nuits courtes, puis deux longues, et l'on estime la semaine soldée. La comptabilité est séduisante mais ne correspond pas à la façon dont le sommeil est régulé : deux mécanismes distincts s'en occupent, et la grasse matinée n'agit que sur l'un des deux.
Deux mécanismes, pas un
Le premier est une pression qui s'accumule à mesure que l'éveil se prolonge, par accumulation progressive d'une molécule dans le cerveau. Elle se dissipe pendant le sommeil : c'est elle que l'on rembourse en dormant davantage. Le second est une horloge interne, calée sur un cycle d'environ vingt-quatre heures, qui détermine à quel moment le corps est disposé à dormir. Dormir plus longtemps agit sur la pression ; cela ne recale pas l'horloge, et peut même la déplacer.
Ce que la grasse matinée décale
Se lever deux heures plus tard le samedi et le dimanche revient, pour l'horloge interne, à voyager de deux fuseaux horaires puis à revenir le lundi. Le phénomène porte un nom, le décalage social, et il explique une part du lundi difficile que l'on attribue d'ordinaire au travail. Le sommeil supplémentaire a bien réduit la fatigue, mais l'organisme se retrouve à devoir se réveiller à une heure qui n'est plus celle qu'il avait apprise.
Ce que la recherche a observé
Des travaux ayant comparé des personnes soumises à une restriction de sommeil, avec ou sans nuits de récupération, ont montré que le rattrapage ne rétablissait pas tous les paramètres mesurés. Plus inattendu, le groupe qui récupérait puis repartait sur des nuits courtes ne s'en tirait pas mieux que celui qui restait en restriction continue. Autrement dit, l'alternance ne semble pas être une stratégie efficace, ce qui ne veut pas dire qu'une nuit de récupération soit inutile.
Le levier le plus simple
La régularité de l'heure de lever, davantage que celle du coucher. C'est le réveil, associé à la lumière du matin, qui donne le repère principal à l'horloge interne ; le coucher suit ensuite de lui-même à mesure que la pression s'accumule. Décaler d'une heure plutôt que de trois le week-end conserve l'essentiel du bénéfice sans produire le décalage.
Deux détails qui pèsent
La caféine ne supprime pas la pression de sommeil, elle en bloque la perception, et elle met plusieurs heures à s'éliminer : un café de milieu d'après-midi est encore partiellement présent au coucher. La lumière du soir, elle, retarde l'horloge. Ces repères décrivent des mécanismes généraux et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé en cas de trouble persistant, comme le rappellent les principes de ce site.









